ON LE DIT partout, et pas seulement pour se consoler que les Beatles soient anglophones : artistiquement, la chanson française va bien. Gloires solides, jeunes grands noms, multiples couleurs qui ne s'excluent plus l'une l'autre... Et puis, très régulièrement, de nouveaux genres, de nouveaux styles, de nouvelles inventions. Un peu avant que le slam n'explose (avec Grand Corps Malade) et que le rap ne se taille des habits neufs (avec Abd Al Malik, Rocé, Oxmo Puccino), on avait vu surgir Loïc Lantoine, ovni à l'accent lillois qui proclamait faire «de la chanson pas chantée».
Trois ans après Badaboum, son premier album, il vient de sortir Tout est calme (chez Mon Slip-Warner), deuxième disque d'une puissance troublante, épopée de poésie urbaine dans laquelle on croise des gars blessés pour la vie, des passions furieuses (comme dans Nny, hymne d'un fan de Johnny Hallyday), des ivresses noires... En compagnie de son inséparable contrebassiste François Pierron, Loïc Lantoine arpente la France en tous sens, à raison de 100 ou 120 concerts par an. On les voit dans des festivals de rock, de jazz, de poésie, dans des salles subventionnées aux fauteuils confortables ou dans d'improbables bars à l'écart des routes. «Notre boulot est d'aller à la rencontre des gens. Beaucoup ne vont pas dans les salles de spectacles, alors on essaie d'aller vers eux. Des bars, des comités d'entreprise, des associations...» Dans l'immédiat, il s'est installé à l'Européen, à Paris, jusqu'au 2 décembre, là où, certes, il est peut-être moins évident qu'«il y a un public avec qui il faut gagner la rencontre».
Une carrière patiente
Car Lantoine compte parmi ces valeurs sûres au public fidèle, enthousiaste... mais pas forcément massif. Cent-vingtième des ventes d'albums en France la semaine de sa sortie, Tout est calme est parti pour une carrière patiente, comme son prédécesseur, çà et là célébré comme un des disques les plus novateurs de ces dernières années. Il appartient à une génération qui invente de nouvelles formes sans pour autant rejeter tout l'ancien : «J'ai l'impression que l'on part aujourd'hui dans de grandes évidences qui ne sont pas celles des maisons de disques. En période d'essoufflement, il y a de la place pour beaucoup d'autres choses : il y a eu un retour de la chanson dont on a tous bénéficié, auprès du public comme de la presse. On arrive peut-être en fin de ce cycle-là. Il se passe quelque chose, mais je ne sais pas comment ça se passe.»
En 2003, lorsqu'il est apparu, la presse lui demandait comment un chanteur peut oser ne pas chanter. Désormais, elle l'interroge sur le slam, comme s'il en venait. «On ne peut pas y échapper», avoue-t-il, même s'il n'a jamais appartenu à cette scène. «Le slam est un sujet qui intéresse les journalistes, confirme François Pierron. Or Loïc chante de plus en plus !» Il reprend ainsi une vieille chanson de Roland Bacri, Quand les cigares, créée il y a des décennies par Raoul de Godewarsvelde, chanteur nordiste mythique : «Quand les cigares y changeront d'bouche/Quand les stars elles changeront de mains/Quand la bonne soupe elle changera de louche/Qui qui sera dans le Bottin ?»
Autour de lui, la contrebasse de Pierron, comme d'habitude, mais aussi des invités inattendus comme le percussionniste Denis Charolles, Christian Olivier des Têtes Raides ou un autre inclassable de la chanson française d'aujourd'hui, Nosfell. «On ne s'est rien interdit, affirme François Pierron. On s'est autorisé avec bonheur, en studio, toutes les rencontres que l'on fait en tournée. On avait envie de les continuer sur l'album. On ne s'est jamais posé de questions – parfois même pas assez. On est autant surpris que quiconque du résultat de cet album.»









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