Le  24 juillet 2004, Loïc Lantoine et François Pierron était  à  Grenoble pour le Cabaret Frappé
 
© Mon Slip - Les chats Pelés
Loïc Lantoine (chant) & François Pierron (contrebasse)
 

LES DEBUTS
Loïc que faisais-tu avant la chanson ?
 
Loïc : J’ai découvert l’oisiveté quand j’étais étudiant, et j’ai surtout découvert l’amitié, la ville, les gens…je n’étais pas trop présent aux cours…
J’étais très content car c’était une très belle époque d’être finalement un étudiant raté mais un jeune adulte plein d’avenir !
 
Et après, ce sont les rencontres qui t’ont poussé à te lancer, notamment celle avec Allain Leprest ?
 
L : Inconsciemment oui je me suis lancé parce qu’il m’avait dit de commencer. J’ai appris plus tard qu’il le disait à tout le monde d’ailleurs ! (rires)
François : Il me l’a dit il n’y a pas longtemps aussi, mais il voulait s’occuper en plus de la mise en scène alors j’ai refusé ! (rires)
L : Puis après je m’y suis mis petitement et comme le 1er accueil, celui d’Allain Leprest notamment, a été bon, je me suis dit pourquoi ne pas se faire chanter par d’autres, c’était l’idée en fait.
 
Donc au départ c’était plus pour écrire pour les autres, comme pour Jehan par exemple ?
 
L : C’était écrire pour les autres en général, et s’il y avait un interprète qui me plaisait plus que les autres c’était lui. Je l’avais rencontré avant même d’écrire. Et il a eu cette idée un peu dingue de faire son 2e album avec des textes d’Allain Leprest pour moitié et les miens pour l’autre. Ca a été mes premiers pas dans ce boulot.
 
Mais pourquoi c’était dingue, parce qu’il t’a fait confiance ?
 
L : Oui car moi je regardais tout ça avec des yeux émerveillés et l’interprète qui me plaisait le plus c’était lui et… de toute façon toute cette carrière c’est une espèce de carambolage gigantesque. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. On en est arrivé là et on continue en même temps à se dire, mais quand est-ce qu’elles arrêtent de se fracasser les voitures ? (rires).
C’est Boris (le manager de moins de 50 ans) qui s’occupe du plan de carrière !
 
Il faut garder le contrôle de la voiture ?
 
L : Oui mais maintenant on commence un petit peu à dompter la bête.
F : Moi j’ai d’ailleurs un nouveau jeu de rallye sur playstation pour m’entraîner... (rires)
 

Et toi François que faisais-tu avant ?
 
F : J'ai commencé en autodidacte et après j'ai fait le Conservatoire avec Christian Gentet et j'ai passé mon prix.
 
Tu faisais quel genre de musique ?
 
F : J'étais assez éclectique je faisais un peu de tout.
Au bout de quatre jours de contrebasse je jouais avec un Big Band de jazz car une fille est passé chez moi et a vu la contrebasse, elle m’a dit « t’es contrebassiste ? », j’ai dit « bah ouai » parce que je la trouvais jolie et c’est comme ça que je me suis retrouvé contrebassiste dans un Big Band !
 
Et tu as toujours la même contrebasse ? Celle que tu as maintenant c’est quoi ?
 
F : C’est une Mirecourt, il y en a beaucoup en ce moment.. C’est une contrebasse que j’apprécie, parce que j’aime comme elle cause et puis je la trouve animale…
LA RENCONTRE
 
Ensuite, comment s'est faite votre rencontre ?
 
L : On s'est croisé sur un festival, François accompagnait à la contrebasse son père, Gérard Pierron, et on s'est fait copains parce qu’on était les seuls à peu près du même âge (rires). On s'est recroisé à Paris dans des endroits comme le Limonaire, l'Ailleurs ou aux ateliers d'écriture d'Allain Leprest. On s'entendait bien et on regardait de loin ce que chacun faisait puis un jour j'ai eu mon 1er vrai plan et j'ai demandé à François s'il était intéressé. Il est venu voir ce qui aura été finalement mon seul spectacle solo. J’ai l’ai rappelé et il m’a dit ok. On a fait 2-3 heures de répét’ et j'ai rappelé le festival pour dire «finalement on est deux !»
F : Ca va être plus cher ! (rires)
L : Bah non ça va être pareil et vous allez dormir dans le même pieu (rires) et depuis ça s'est jamais arrêté…
L’ECRITURE – LES COMPOSITIONS
 
Au niveau de l'écriture, quelles sont tes cadences ? Tes inspirations ?
 
L : J'écris par à coups, j'emmagasine des émotions, des nouveaux regards, des nouveaux points de vue tous les jours, mais comme tout le monde.
Ce serait peut être pas mal de faire de nouveaux textes mais il faut que je me sente dans le bon état d'esprit. Je ne fais pas parti de ces personnes qui se soulagent à l'écriture. Depuis que j'ai découvert ce qu’était la scène, mon plaisir se place là et pas dans le moment où je me retrouve tout seul devant mon papier.
 
Il se place alors dans le renouvellement qui te pousse à faire de nouvelles chansons parce que tu as envie de présenter de nouvelles choses sur scène ?
 
L : Et également pour avoir un propos parce que parfois il y a de nouvelles choses que j'ai envie de raconter.
Donc j'écris de temps en temps mais je ne suis pas un acharné, mon boulot c’est vraiment de faire de la scène.
LA SCENE – LE PUBLIC
 
Donc à partir du moment où vous vous êtes rencontrés, vous avez tourné assez longtemps dans des bars, pendant 3-4 ans ?
 
L : Oui on a fait beaucoup de bars ou de cabarets à Paris et après petit à petit, y’a des choses qui sont arrivées.
On a été pas mal aidés parce que dès la 1ère année, on faisait les tournées du comité d’entreprise d’EDF/GDF, la CCAS qui est quand même le plus gros entrepreneur du spectacle en France ! Et ça nous a régalés ! On a fait ça plusieurs années de suite, on était tout frais là dedans et on a fini en tant que militants pour soutenir ce comité d’entreprise très précieux, qui est voué à devenir prochainement comme n’importe quel CE de n’importe quelle multi-nationale…
On a donc fait ce trajet là avec eux, ça nous a permis de jouer beaucoup et de s’installer rapidement dans le métier.
 
Ca a été formateur aussi ?
 
L : Oui à plein d’égards. D’une part, cela nous a permis de rentrer dès la première année dans le régime d’intermittence, ce qui fait qu’on a pu se consacrer uniquement à la musique.
Ensuite cela nous a permis de jouer dans des conditions improbables ! Y’a eu des fois c’était quand même… surréaliste !
F : Oui, dans des conditions improbables et aussi face à un public de tous les âges, on était débutants, et c’est vraiment bien d’avoir à la fois des ados, des adultes… C’est un vrai public dans le sens où ça n’est pas forcément un public qui va au concert le reste de l’année, ce sont juste des gens…
 
Il faut donc le conquérir ce public ?
 
L : Dans les bars, c’est comme ça qu’on abordait les concerts. Ca nous a beaucoup formés parce qu’on avait envie de jouer tout le temps et c’était les seuls endroits où on pouvait le faire. Et c’est encore plus vrai dans le cadre de la CCAS, ce ne sont pas les gens qui venaient à nous, c’est nous qui allions les voir sur leur lieu de vacances : dans la journée, y’a le concours de pétanque, la ballade en forêt ou le cours de surf et puis le soir, une fois par semaine… y’avait un concert.
C’est une très belle expérience qui nous a beaucoup appris.
 
Creuser son chemin, y aller petit à petit aussi ?
 
L : On a essayé de le faire en défonçant tout ce qu’on pouvait comme murs !
Mais y’a tout de même un minimum de références qui se demandent, quand on est passé par certains lieux comme dans des cabarets (tels que le Limonaire ou l’Ailleurs) cela permet de passer par d’autres, il y a une petite reconnaissance.
 

L’ALBUM
 
Et après est-ce que la conception de l’album ça a été un pas, et notamment la rencontre avec les Têtes Raides ? Pendant toutes ces années, est-ce que vous aviez eu envie de faire un album ?
 
F : On a eu envie par rapport à une demande du public…
 
C’est un peu le passage obligé ? Un outil aussi… ?
 
L : Cela n’était pas vraiment une envie, mais plutôt pour se faire connaître auprès des gens qui pourraient éventuellement nous programmer. Il fallait que cet objet existe et on pensait qu’il serait surtout secondaire.
On avait fait quelques tests qui n’étaient pas tellement concluants, un peu froids et mécaniques. Et puis il y a eu cette rencontre, et le confort qu’on a eu pour l’enregistrement a fait qu’on a pu faire un vrai travail de studio.
F : Moi j’avais envie que ça soit en studio, même si ça me faisait peur aussi, parce que je crois que c’est bien que les gens découvrent le travail qu’on fait avec un biais complètement différent qu’est le disque comparé à la scène.
Je crois que le live c’est chouette quand on a envie de se remettre chez soi dans l’ambiance du spectacle d’un artiste qu’on connaît depuis longtemps. Mais pour découvrir quelqu’un je trouve que quelque part c’est se dévoiler trop tôt, on a dévoilé autre chose sur l’album : des choses qu’on ne fait pas forcément sur scène, d’autres climats, une autre forme de chaleur, et on en est vachement contents.
C’est assez rare que les gens attendent aussi longtemps avant de faire un album. J’ai l’impression que les groupes maintenant font très rapidement un album, mais c’est vrai que c’est aussi un outil indispensable à la promotion…
 
F : Que ce soit dans les bars ou par la tournée CCAS, on a eu pas mal de plans tout de suite, on a eu la chance de faire marcher dès le départ avec un peu de bouche à oreille.
L : Mais dans la carrière d’un artiste, un premier album ça peut aussi être uniquement d’avoir une petite galette qui permet d’être envoyée. On ne savait pas trop où on mettait les pieds, au départ on s’est simplement dit « on va jouer » et on ne pensait même pas pouvoir exister sur disque, ou alors seulement pour un témoignage.
Parfois les gens font un album très tôt, mais c’est pas forcément qu’on les y pousse, c’est aussi que ça peut être très pratique, ça permet d’avoir du recul, le truc existe s’ils le font circuler un p’tit peu…
De notre côté on a décidé qu’on a allait dire voilà, on a fait un album, on en est contents, ça nous représente et on l’a défendu bec et ongles. Au départ, cet objet était un pas artistique pour nous et non un outil.
 
LES MEDIAS
 
Le fait est que ça a peut-être été un outil après parce qu’il a quand même eu des critiques élogieuses de tout bord… Comment vous vivez ça, l’accueil général de la presse, des médias ?
 
F : Ca va on ne subit pas encore les paparazzis ! (rires)
L : Cela fait plaisir mais la presse n’est pas toute seule…
F : Y’a le public !
L : La presse cela fait plaisir certainement, mais peut-être parce que notre démarche est originale... Et quand les canards se mettent à en parler, les autres se disent « on va en parler quand même pour pas être hors du coup », donc on est contents d’avoir été bien reçus et d’avoir été diffusés.
Après l’histoire c’est de savoir si notre spectacle et ce qu’on dit c’est viable, l’histoire elle est là, pas dans l’accueil presse qui est extrêmement utile. On se dit juste « tiens, c’est pratique » !
F : Ce qui nous fait le plus plaisir, ce sont les témoignages de gens qui ont pu aimer le disque, c’est simplement ça…
 
LA TOURNEE DE LA RENTREE
 
A la rentrée vous allez partir dans une tournée où vous serez tête d’affiche. Vous ne serez plus en 1ère partie ou dans un festival, vous attendez ça avec impatience ? Ca ne sera pas le même public…?
 
L : Pendant les premières parties, on s’est régalés, ça a été un moment très important et aussi très formateur. Dans des grosses salles, de 1000 à 8000 personnes, aller à la rencontre d’un public qui n’est pas venus nous voir du tout, et arriver tous les 2 comme ça, c’est un vrai régal cette petite bagarre là. Mais encore une fois, comme on a toujours bossé comme ça, il s’agira pour nous après de ne pas s’endormir et de réussir à continuer d’avoir une prise de risque.
 
L’ORIGINALITE DE LA FORMATION
 
C’est sûr que la formation comme elle est là, de l’extérieur cela ressemble vraiment à une prise de risque : chanteur plus contrebasse…
 
L : On s’en est rendus compte très tard de ça ! Y’a pas si longtemps en se disant quand même… on a été gonflés ! (rires) C’était quasiment comme si je m’excusais du peu…
Et c’est après en voyant que ça se passait bien et qu’on faisait quand même des grosses salles et des 1ères parties…. Et même à l’époque où on allait dans les bistrots avec un instrument qui n’est pas connu pour faire la mélodie et avec un chanteur qui finalement chante pas, on y avait pas encore pensé !
 
L’IMPROVISATION
 
Au niveau de l'improvisation, j'ai lu que François disait «désormais il n'y en a plus , les choses se sont fixées». Pourtant lorsque l'on vous voit sur scène avec Loïc qui part dans tous les sens on a du mal à imaginer qu'il n’y a plus d'impro et d'ailleurs on sent que ça vous plaît. Qu'en est-il ?
 
F : Si le disque est venu tard, c’est aussi parce que les premières années ce n'était quasiment que de l'impro et à chaque représentation c'était un spectacle différent. Maintenant l'impro est ailleurs, c'est en train de s'inverser en ce moment car Loïc fait des choses sur des musiques à moi. Mais au départ il y avait toujours un texte de Loïc, moi il fallait que je trouve comment j'avais envie de raconter la même histoire à ma manière. Dès fois elle peut être antinomique ou redondante et chacun a son trajet personnel, après c'est la rencontre des deux qui fait une chanson. On s'amuse à dire "de la chanson pas chantée" mais pour nous c'est vraiment de la chanson.
L'impro est là aussi pour Loïc qui dit toujours les mêmes mots, mais qui doit les retrouver chaque soir. Le boulot et la difficulté se situent vraiment là, dans le fait de retrouver des sensations différentes et fidèles tous les soirs. J'aime bien l'idée de présenter une chanson achevée mais qui respire nouvellement à chaque fois. Je n'ai pas la prétention de penser qu'en improvisation je pourrais faire aussi joli que ce que je fais en travaillant.
Je me sens plus comme un chansonnier que comme un improvisateur de jazz ou autre. L'impro ne m'intéresse pas si elle n'est pas nécessaire ni voulue. J'adore le rap et j'aime l'impro dans les textes, mais je ne crois pas que l'on fasse de la chanson improvisée.
L : Au départ, j’étais incapable de me caler sur les musiques de François et comme nous répétons très peu, au bout d'un moment il y a des choses qui sont devenues évidentes, que nous avons préférées et où le public réagissait bien dessus. Même les "entre-textes" figés maintenant, sont au départ improvisés, il n'y a jamais rien eu de calculé. On ne s'interdit rien et on évolue, cela vient naturellement tant au niveau des textes que des notes de François.
F : Par exemple si je trouve un rebond qui va bien à Loïc c'est à dire que si je l'entend rebondir encore plus alors je m'en rappelle et en général je lui donne. J’essaie de lui donner autre chose un peu tous les soirs.

 
 
LES COLLABORATIONS – LES PROJETS
 
Pour terminer, parlons de vous et des autres. Vous participez à d’autres formations, Mon côté Punk, et vous avez participé ensemble à l’album des Ogres de Barback. Est-ce que vous avez envie, Loïc d’écrire pour d’autres personnes, ou de jouer avec d’autres, et François de composer pour d’autres, ou pour l’instant c’est cette formation qui prime ?
 
F : Oui, déjà on est dans Mon Côté Punk…
 
Il y aura un CD ?
 
L : On va faire ça… Il faut qu’on trouve le temps parce que l’année prochaine, c’est infernal !
Ecrire pour les autres, j’ai des envies, après y’a une histoire de temps, et comme, pour l’instant, j’écris assez peu, j’ai tendance à garder le truc pour nous !… En ce moment, on est vraiment la tête dans le guidon, et c’est pas près de finir…, après on aura le temps d’aller vadrouiller un peu ailleurs…
 
C’est là que va l’énergie pour l’instant ?
 
L : C’est dans le duo et Mon Côté Punk. Ca va prendre beaucoup de temps, là on est à bloc pour toute l’année à venir, ça va même être… un p’tit peu trop ! (rires)
F : Etre à 2 sur scène c’est un réel plaisir, ça n’est ni obtus ni une obligation, mais il se peut très bien qu’un jour on soit plus, on y réfléchit déjà en essayant des petits trucs. Il y a d’ailleurs souvent des copains qui viennent faire le bœuf avec nous…
L : On va tenter une expérience à l’Hexagone à Meylan, on va travailler en résidence avec un accordéoniste de grand talent qui s’appelle Alexandre Leitao, et Denis Charolles de la Campagnie des Musiques à Ouïr pour préparer un nouveau spectacle.
 
 
Propos recueillis au Cabaret Frappé, à Grenoble, le 24 juillet par Peggy et Sophie
Grand merci à Loïc, François & Boris...



















 



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