Tue-Loup est un groupe de rock français, issu de la campagne sarthoise et formé au milieu des années 1990.
Xavier Plumas, chanteur et guitariste, est un passionné de lettres, ce qui se retrouve au travers de ses textes. Les autres membres du groupe sont Thierry Plouze à la guitare, Romain Allanot à la batterie et Stéphane Gosnet à la basse. Ce dernier quitte le groupe en 2001 après 3 albums et se voit remplacé par Eric Doboka. L'arrivée simultanée de Christian Bidal d'Asfeld (1962) aux claviers signe un tournant dès les premières notes de l'album Penya.
La carrière de Tue Loup a embrassé plus de 10 ans et plusieurs maisons de productions, préservant ainsi leur liberté et leur indépendance dans la création.
En 2003, le groupe reprend le titre La Solitude, sur la compilation Avec Léo en hommage à Léo Ferré

En 2007 Thomas Fiancette succède à Romain Allanot à la batterie et s'ensuit l'album Le lac de Fish.

Albums de Tue-Loup :
1997: Les Sardines
1998: La Bancale
1999: La Belle Inutile
2002: Penya
2004: Tout nu
2005: Rachel au rocher
2007: Le lac de fish
2009: Le goût du bonbon
2012: 9

 
Francofans n°9 oct / nov 2009 






 

Critique Froggy's delight de l'album "Lac de Fish" de Tue-Loup
Tue-Loup
Le lac de Fish  (T-REC / Anticraft)  octobre 2007
D'album en album, de label en label, on pourrait croire, comme ça d'une oreille distraite que les Tue-Loup nous ressortent périodiquement plus ou moins le même discours, voire carrément le même disque. Il est certain que Tue-Loup a une telle identité, sonore et vocale, qu'il est facile au premier coup d'oreille de les reconnaître.
Poèmes autant que chansons, les textes ont cette fluidité si difficile à trouver quand la langue française se fait chanson. Les mots tombent toujours juste et à leur place comme s'il ne pouvait pas exister l'un sans l'autre. Jamais le mot de trop, jamais la rime facile cherchée à tout prix, juste le plaisir des sonorités fantastiquement alliées au sens de poèmes souvent narratifs, prenant souvent pied dans de petites histoires du quotidien narrées avec force description, plongeant l'auditeur dans le monde de Tue-Loup comme dans un conte ("Le plan de Rome").
Si les textes, situés finalement pas si loin de Jean-Louis Murat ou de Sylvain Vanot, valent à eux seuls l'écoute de l'album, ils sont enrobés dans une musique tout aussi précieuse. Swell et Calexico jamais très loin, les Tue-Loup déroulent leurs mélodies avec grâce et nonchalance.
Cohérent de bout en bout, Le lac de Fish propose tout de même un plus gros poisson, "Gisant" puissant et tendu se posant un peu comme l'incontournable de ce disque, comme l'était "Ressac" sur le précédent album Rachel au Rocher.
Tue-Loup, c'est un monde, un petit coin de nulle part cher au cœur de quelques-uns d'entre nous avec pour envie de le faire visiter à nos amis. Venez tous à Tue -Loup, avant que le loup n'y soit plus.
Car si Tue-Loup remporte depuis 7 albums un succès d'estime mérité, il serait temps que le succès public soit au rendez-vous, pour un joyeux pique-nique au lac de Fish.
 
Titres du "Lac de Fish": 
En Robe déchirée
Cabale
Avalanche
Le Tour de la terre
En flèche
En terre inconnue


Adieu les bordes
Gisant
Le Plan de Rome
Ma diagonale buissonnière


Le Saut de l'ange
Le Lac de Fish
 
Critique de Pop News sur le Lac de Fish
A l'image des vieilles légendes populaires, Tue-loup est comme la bête qui rôde dans la campagne endormie, frappant de temps en temps et ne se montrant jamais. De sorte qu'on finit par l'oublier jusqu'à ce qu'il se rappelle à notre bon souvenir. Septième album, donc, pour la clique sarthoise de Xavier Plumas et un apparent retour aux sources d'un style qui les a lancés : ce folk-rock tourbeux, pris entre le plancher des vaches et les grandes plaines tourmentées de Neil Young. Avec ce "Lac de fish", fini le rock jazzy, les liaisons dangereuses avec le hip hop, l'exotisme du maloya qui montraient un groupe ouverts aux quatre vents jusqu'à se perdre en route. Tue-Loup assume désormais ce qu'il sait faire de mieux : des chansons mélancoliques portées par les guitares racées de Thierry Plouze et les humeurs brumeuses de Xavier Plumas - seuls rescapés de la formation historique depuis le départ du batteur Romain Allanot. Le piano s'est tu momentanément, la basse d'Eric Doboka se fait plus discrète, c'est à peine si une trompette s'exprime sur un instrumental chaloupé et si les chœurs féminins de "Rachel au rocher" rempilent pour de discrètes enluminures. Mais ce dépouillement inattendu ne signifie pas l'austérité ! Tue-loup varie les ambiances entre coups de griffes estampillés ("En Robe déchirée", "Avalanche", "Gisant") et ballades cafardeuses au plaisir mélodique évident ("Cabale", "En terre Inconnue", "le Plan de Rome"). C'est que le groupe a maintenant la quarantaine sonnante, plus de sagesse et moins de colère rentrée. Au premier abord, ce disque trahit une petite forme, un peu d'auto-complaisance (ce chant amorphe, cette poésie désespérément obscure...) et puis à la longue, il libère son arôme, ses infimes variations (bossa, blues, jazz) et s'ouvre un chemin radieux dans le bocage, bien loin du fantasme de "La Belle inutile" réitéré !

Interview de Xavier Plumas pour Froggy's delight

A l'occasion de son passage à Paris pour un concert la veille au festival des Nuits de l'Alligator; Xavier Plumas, leader de Tue Loup et en vacances du groupe pour présenter son premier projet solo, nous accordait un beau moment pendant lequel il nous à parler de ses projets, de la musique et nous a offert une superbe session acoustique à découvrir en bas de cette entrevue.
 
Tout d'abord, peux-tu nous faire un résumé de ce qu'il s'est passé depuis Le Lac de Fish, le dernier album de Tue-Loup et maintenant, date à laquelle vient de sortir ton premier album signé de ton nom propre ? Tue-Loup est-il toujours en activité ?
 
Xavier Plumas : Tue-Loup existe toujours bien entendu. On a même deux albums de prêt, seulement on ne peut pas les sortir pour le moment. Notre label n'a pas les moyens de les sortir à la vitesse à laquelle on les produit, en fait. Donc, ce qu'il va se passer, c'est que l'un des deux va sortir.
 
C'est un projet un peu à part dans le sens où c'est un album que j'avais écrit pour Rom Liteau, slammeur que j'avais déjà invité sur Pena. Au final, il n'avait pas envie d'être le seul à tenir le micro donc on s'est partagé les morceaux et j'ai réécrit les morceaux pour ce projet là et on fait à peu près 5 ou 6 morceaux chacun. C'est chouette, j'ai hâte qu'il sorte ce truc. Je le trouve assez réussi, je trouve cela assez blues, assez crade dans le son. Ça marche bien avec sa voix à lui. Et puis comme je me suis mis à chanter sur ce disque, on a essayé de marier nos voix, c'est  vraiment intéressant à faire.
 
Alors cet album devrait sortir dans un premier temps sur le web uniquement, dans le courant du printemps, ça coûterait trop cher de le sortir en album classique. Et puis il y a donc un autre Tue-Loup, dans une formation plus classique, avec le pianiste, donc nous serons 5. Ce disque devrait sortir en septembre, au format disque j'espère.
 
Cet album avec le slammeur sortira sous le nom de Tue-Loup ?
 
Xavier Plumas : On ne sait pas vraiment encore comment on va l'appeler. Au départ, ce devait être Le Goût du Bonbon. Finalement, il y a quasiment tous les gars de Tue-Loup sur le disque, avec un batteur supplémentaire qui est Thomas Belhom qui est désormais le batteur des Tindersticks et qui est originaire de la Sarthe.
 
C'est intéressant car ils ont tous les deux une approche similaire de la batterie. Quand ils installent leur batterie, c'est la batterie et tout un tas d'instruments, une foule de bordel autour pour faire du bruit. Mais il y en a un qui a un son très ensoleillé, comme John Convertino avec qui il a vécu pas mal de temps, et un autre, Thomas Fiancette qui au contraire a un son très tragique, très sombre. Il utilise très peu d'ambiances, tout est dans les percussions.
 
il y a donc définitivement un nouveau batteur dans Tue-Loup.
 
Xavier Plumas : Oui, Thomas Fiancette est le nouveau batteur. Et puis il y aura Ajax Christian qui jouera du piano sur la plupart des morceaux, ce sera exclusivement du piano pour ainsi dire, il y aura très peu de clavier cette fois ci.
 
Et donc ces disques sont tous prêts à être sortis ?
 
Xavier Plumas : Oh oui, ils sont prêts depuis 2 ans ! (rires) Du coup, comme on sait qu'on a le temps, on revient régulièrement sur les mixes, on prend du recul. Mais c'est vrai que Le Goût du Bonbon est terminé depuis 2 ans et demi.
 
Mais le Tue-Loup, il va être… bon, il va être invendable encore car il y a des instrumentaux, des morceaux assez longs, des morceaux où je chante pendant 1 minute et ensuite tu as de la musique 5 minutes... Mais musicalement cela va être super.
 
On a invité un trompettiste, il y a des flûtes également. Le batteur est aussi un très bon flûtiste de flûte traversière et sa femme est elle-même flûtiste, donc ils font des trucs à 2 flûtes arrangées... enfin moi j'aime bien ! Mais je sais que ce sera encore un album dur à défendre.
 
Avec tous ces projets en cours qui ont déjà du mal à sortir, pourquoi et comment arriver à ce projet de Xavier Plumas en solo ?
 
Xavier Plumas : Oui, c'est plutôt "comment" en fait. Cela vient d'un ami de longue date, que je connais depuis plus de 10 ans maintenant et que j'ai rencontré grâce à Tue-Loup. C'est un fan de Tue-Loup, qui vivait dans l'est et est maintenant arrivé à Paris. Et il avait la possibilité de m'aider à réaliser, matériellement et techniquement, à réaliser un album solo dont il rêve depuis longtemps en tant que fan de Tue-Loup. Il  voulait s'offrir un disque de Xavier Plumas en fait (rires) donc il m'a fait la proposition, il est arrivé avec les deux labels et voilà pourquoi cela s'est fait rapidement. On avait les moyens, tout était prêt, tout le monde était motivé.
 
Tu étais également prêt pour cela, tu avais des chansons ?
 
Xavier Plumas :  Oui, en fait des chansons j'en ai tout le temps. Je ne me mets pas au boulot pour faire un disque donc j'écris des textes, j'écris des musiques, j'essaie de  mettre ça ensemble pour voir comment cela peut s'agencer et quand il commence à y en avoir une dizaine de prêtes, je me dis que ça pourrait faire un disque mais ce n'est jamais pensé comme un concept. Je n'écris pas d'un coup une dizaine de chansons en me disant que cela va former un album. La cohérence et la couleur d'un album se font surtout par la réalisation. Qui le réalise, comment on le pense, comment on va l'arranger. Mais les chansons au départ sont toutes composées à la guitare tout seul chez moi.
 
Mais les chansons qui sont sur cet album auraient très bien pu se retrouver sur un album de Tue-Loup, que ce soit celui d'avant ou bien celui d'après, ce n'est qu'une continuité pour moi.
 
Après je mentirais en disant que c'est indifférent. Forcément dans la manière de les interpréter et même de les composer, je savais, mise à part une petite moitié que j'avais sous la main, j'ai composé le reste en sachant très bien que cela allait constituer le reste de cet album donc sans doute que consciemment ou pas, je n'y mettais peut-être pas la même intention sachant que j'allais les assumer tout seul. Et puis dès le départ, on savait qu'on allait réaliser un album acoustique assez intimiste, donc tout cela a sans doute influencé, sinon ma manière de composer, au moins la manière d'interpréter, surtout dans le chant. Je savais que j'allais pouvoir me permettre beaucoup plus de nuances puisqu'il n' y allait pas avoir beaucoup de bruit derrière moi.
 
D'ailleurs, cela se ressent aussi sur scène où l'on ressent cette liberté que tu te laisses.
 
Xavier Plumas : Oui il y a une couleur blues, et puis j'en rajoute un peu par exemple sur la Nuit de l'Alligator, car c'est un festival de blues. Mais c'est vrai qu'avec la richesse sonore de Tue-Loup, je peux moins jouer sur les nuances. Non pas forcément à cause du volume sonore mais à cause de la façon dont le son rempli déjà beaucoup l'espace. En formation réduite et acoustique c'est différent.
 
Et puis les clarinettes de Renaud, cela porte. Cette clarinette basse te porte et te pousse à aller plus loin. Tout comme son instrument à vent électronique qui est un vrai instrument à vent qui pilote des samples mais avec les variations que l'on peut avoir avec un instrument à vent.
 
Sur scène, tu joues aussi avec le guitariste de Tue-Loup qui n'a pas joué sur l'album.
 
Xavier Plumas :  Oui et c'est très fort ce qu'il a fait car il s'est interdit d'écouter l'album pour ne pas être influencé et  nous avons retravaillé tous les morceaux ensemble. Donc évidemment, il y a des choses qui se recoupent avec ce qu'a fait le guitariste sur l'album mais surtout il a réussi à ne pas faire de Tue-Loup. C'est un son différent et une manière de jouer intéressante. Même si on n'est pas à des kilomètres non plus (rires).
 
Pour continuer avec tes différents projets, Fulbert c'est terminé ou bien c'est quelque chose qui pourrait réapparaitre ?
 
Xavier Plumas : Je ne sais pas, peut-être qu'il y en aura un autre un jour. Mais pour refaire un Fulbert, il faudrait avoir la même équipe, même si effectivement je pourrais relancer un projet et l'appeler Fulbert mais bon. Mais pour le moment, Cyril et François sont occupés à d'autres projets. Notamment François est metteur en scène de théâtre et cela marche très bien actuellement donc il n'est pas du tout dans la musique pour le moment.
 
Et faire coïncider la musique avec le théâtre, cela ne te plairait pas ?
 
Xavier Plumas : Je l'ai déjà fait justement avec François. J'ai écrit pour le théâtre et pour la danse. Mais c'est bien entendu un truc que j'aimerais faire si on me le proposait mais de mon côté, je n'ai pas les bonnes connexions pour aller proposer mon travail. Par contre, j'ai vu il y a 15 jours Thomas Fiancette qui a été embauché avec son copain Doherty par Lafargue pour sa nouvelle pièce. Et c'est super ce qu'ils ont fait. Ce qui est intéressant, c'est qu'ils jouent sur scène. J'aimerais bien faire cela.
 
Encore un futur projet alors peut-être ?
 
Xavier Plumas : Oui, tu sais, moi du moment que je joue, je suis content. Demain par exemple, je vais jouer du fado avec Thierry. En fait, on accompagne une chanteuse de fado. Et c 'est super, j'adore. C'est super enrichissant. Ce sont des assemblages d'accords dont tu n'aurais pas idée. Et puis il n'y a pas réellement de structure rythmique. En fait, on suit la chanteuse, lorsqu'elle accélère, ralentit, se pose, fait des blancs, elle interprète vraiment la chanson à sa façon et on s'adapte.
 
Il y a beaucoup d'improvisation ?
 
Xavier Plumas : En fait pas du tout car il y a une grille d'accords précise et assez balèze (ce que j'adore car cela m'oblige à travailler) mais par contre, à part sur deux chansons, il n'y a pas de tempo. C'est donc au bon vouloir de comment l'interprète va sentir la chanson.
 
On a aussi mis en place avec Thierry un set de musette. Vraiment classique, comme "La Valse Brune", "Le petit vin blanc", pour jouer dans un bar qui fait également musée de la musique mécanique. C'est dans notre village et le dimanche soir, c'est le seul endroit ouvert, donc il y a là-dedans une super ambiance. Et pour le plaisir on va de temps en temps jouer ces morceaux là et tout le monde gueule, tout le monde chante ! Mais de déchiffrer ces morceaux de musette, c'est encore une autre manière de faire. C'est toujours des schémas semblables bien sûr, c'est de la musique populaire, mais les grilles d'accords du musette m'ont fait découvrir des accords que je n'avais jamais utilisés avant et cela a pu me servir pour composer certaines chansons. Sans en faire pour autant du musette.
 
Pour revenir à tes textes, parfois abstraits, tu vas les chercher où ?
 
Xavier Plumas : C'est vrai parfois ce sont des textes assez abstraits mais cela ne me dérange pas au contraire. On ne va pas chercher la pertinence d'une peinture abstraite pourquoi ce devrait être autrement des textes ? On me dit parfois : "je ne comprends pas ce que tu racontes", et je réponds : "moi non plus !" (rires). Mais pas tous, il y en a certain où je sais explicitement où je veux en venir. Parfois, je cache aussi le sens. Il m'arrive parfois de parler de gens très proches, donc évidemment là j'utilise des métaphores car je n'ai pas envie de mettre ces gens-là mal à l'aise.
 
La chanson "Par la fenêtre", par exemple, est clairement inspirée d'une de mes amis qui habite dans mon village et je savais que je n'avais pas assez caché le truc. Je lui ai offert le disque sans lui dire, me disant : "si elle ne voit rien, c'est pas grave" et évidemment, cela a pris très peu de temps pour qu'elle m'envoie un mail en me disant :"je suis assez troublée par la chanson Par la fenêtre...". Mais elle l'a très bien pris.
 
J'aime bien cette chanson car dans l'écriture, je pense avoir trouvé la distance pour qu'elle soit touchée par cette chanson sans la mettre trop mal à l'aise et pour qu'en même temps, elle puisse être appréciée par quelqu'un qui ne connait pas l'histoire. Quant à trouver l'inspiration, je ne la trouve pas car finalement je ne la cherche pas. Avec le temps, je sais comment la provoquer plutôt. Ce n'est pas une règle systématique mais par exemple, j'adore marcher et aller marcher me fout le cerveau en branle et les belles idées arrivent. Parfois c'est étonnant, tu te demandes si ce n'est pas un truc qui était là dans l'air et que tu as attrapé à ce moment-là. Et puis, même si l'écriture laborieuse, cela reste un jeu, c'est plaisant. Parfois tu as des idées et tu ne sais qu'en faire, il faut tirer les fils, laisser venir, c'est un jeu.
 
Quoi qu'il en soit, les textes sont toujours très travaillés et aboutis.
 
Xavier Plumas :  Oui, c'est,  encore une fois, comme la peinture. Que ce soit figuratif ou abstrait, ce n'est jamais une raison pour faire n'importe quoi. Mais ce qui est le plus intéressant dans les textes, c'est ce qui n'est pas écrit. C'est ce que cela va évoquer. C'est ça qui fait tout l'intérêt de l'écriture. Ce qui fait que le style est super important. C'est lui qui fait que l'on va dégager sinon une idée, en tout cas un sentiment ou une humeur particulière qui sont difficilement exprimables autrement. Et la culture sert à cela, exprimer l'indicible. A se sentir moins seul... ou en tout cas, à assumer sa solitude sans que ce soit… dramatique.
 
Tu conçois tes textes autrement qu'en musique ?
 
Xavier Plumas : J'écris autre chose que des chansons mais pour l'instant… En fait, je me dis que si je devais écrire autre chose, un récit, un roman, il faudrait ne me consacrer qu'à cela et en fait la musique me rattrape toujours car c'est finalement le moyen de partager avec d'autres. L'écriture restant quand même quelque chose de solitaire. J'aime bien avoir cette partie solitaire pour écrire mes chansons qui sont un prétexte pour partager ça avec les musiciens. C'est un  bonheur. Philipe Djian dit qu'il souffre pour écrire ses 3 ou 10 pages quotidiennes mais moi je n'ai pas le courage pour faire ça ! (rires).
 
Il y a un texte en anglais sur l'album, c'est assez rare.
 
Xavier Plumas : Oui, c'est un texte qui est venu comme cela. Je me suis inspiré d'une peinture de Klimt, qui s'appelle Autpoportrait et qui est une scène de masturbation. Je trouvais ça balèze de faire cela et je m'en suis inspiré pour "I call your name". Et cela tombait très bien que ce soit en anglais parce que je ne pense pas qu'en français, j'aurais réussi à l'évoquer avec autant d'élégance, sans éviter le graveleux.
 
La musique anglo-saxonne reste parmi tes grandes influences. On parle souvent de Swell.
 
Xavier Plumas : C'est un truc qui traine un peu depuis les premiers Tue-Loup. Mais je ne vois pas vraiment le rapport avec Swell, c'est très loin, même si c'est une influence assumée totalement.
 
Quand je fais des reprises, c'est aussi une manière de dire ce que j'aime, que je reprenne Alain Peters parce que j'aime la musique des Caraibes ou Bourvil parce que j'écoute aussi de la chanson française. Je reprends aussi Richard Hawley sur La Gueule du Cougouar. J'adore par exemple Mark Hollis de Talk Talk mais je ne sais pas si cela s'entend tant que ça. Et sur l'album solo, ça se sent peut-être un peu plus. Quelque chose que je ne pourrais pas faire avec Tue-Loup qui n'ont pas forcément ces influences comme Hollis ou David Sylvian.
 
Et cet album solo va rester une pièce unique ou bien cela t'a donné envie d'autres escapades en dehors de Tue-Loup ?
 
Xavier Plumas : J'aimerais bien en refaire un autre. Surtout de la manière dont ça s'est passé. Créer un morceau avec ta guitare et puis imaginer comment on va l'arranger. C'est super de voir ses chansons embarquées dans des couleurs et des habits dont on n'a pas l'habitude.
 
Que penses-tu de la politique culturelle actuelle ?
 
Xavier Plumas :  Je ne sais pas, je crois que personne n'a vraiment de solution a envisager. J'ai un fils de 17 ans et je vois comment avec ses potes ils consomment la musique, c'est effrayant. C'est clair que pour eux la musique est gratuite. Gratuite et en plus d'une qualité de merde parce qu'ils l'écoutent sur leurs téléphones portables et nous on se fait chier à faire des prises de son du mieux qu'on peut, passer des heures en studio pour que ce soit écouté dans des conditions comme ça, que veux-tu faire contre ça.
 
Alors peut-être qu'il va falloir 2 ou 3 générations pour que cela revienne, pour qu'on prenne conscience du travail que cela demande pour enregistrer des albums mais en l'état actuel, je ne vois pas ce que l'on peut faire. D'un côté, je trouve cela scandaleux. Si on allait dévaliser les parking des usines de chez Renault ou les entrepôts de chez Apple, tout le monde trouverait cela scandaleux et toutes les nuits, on dévalise les artistes de leur musique et en même temps, je ne vois pas comment expliquer à des gamins de 15 ans qui n'ont pas une thune que ce qu'ils font n'est pas bien.
 
C'est aussi pour cela que l'on a fait un bel objet avec ce disque pour donner envie de l'objet aussi. En plus la qualité d'un mp3, c'est quand même pas terrible, je ne vois pas pourquoi être moderne voudrait dire être médiocre. Ecouter de la musique avec une qualité de merde juste parce que c'est moderne, je trouve cela stupide !
 
Quand tu es seul chez toi, quel disque écoutes-tu le plus souvent ?
 
Xavier Plumas : En principe, j'aime écouter de la musique avec des gens. La discothèque chez moi, c'est comme une bibliothèque, c'est dans le salon et chacun peut se servir.
 
Mais un album que j'écouterais seul parce qu'il ne faut pas être déranger, c'est un album de Jean-Paul Bourelly qui est un guitariste haïtien de jazz et qui a sorti, il y a environ 3 ans, un album de guitare acoustique absolument sublime en hommage à sa femme qu'il venait de perdre. C'est une sorte de jazz blues et j'adore. Souvent j'adore les musiques que je ne comprends pas, que je n'arrive pas à déchiffrer. D'un autre côté, je trouve que le nouvel album de Daniel Martin Moore qui est super simple au niveau de la composition est aussi très beau.

Xavier Plumas parle du goût des bonbons 




 

Tue-Loup - Le goût du bonbon
Depuis que j’ai découvert ce groupe sur scène en 1998 - 1999¬ j’ai toujours cru qu’ils allaient durcir leur son sur disque comme ils sont capable de le faire sur scène … et puis j’ai du me rendre à l’évidence que non. En dehors de 1 ou 2 morceaux plus nerveux par disque, leur son est resté le même. De même je ne me serais jamais douté que plus de 10 ans après je serais en train de chroniquer leur 8eme album ! Parti au départ pour être un nouveau projet parallèle de Xavier Pulmas (cf Fulbert) avec cette fois Rom Liteau (slammeur qui avait déjà collaboré sur Penya ) et Thomas Belhom (la moitie percussive du Amor Belhom Duo) ce disque s’est finalement transformé en disque de Tue-Loup avec donc Thierry Plouze (guitares), Thomas Fiancette (batterie), Eric Doboka (basse) et Rom Liteau et Thomas Belhom sur plus de la moitié des titres soit deux batteries, deux guitares, une basse et deux voix. Le résultat est un disque de tonalité toujours assez clame mais avec beaucoup de tension et quelques explosions. 11 titres à l’écoute desquels on ne peut plus ne pas les rapprocher de groupes tels que Tanger (cf je ne suis queue ) ...


ou Mendelson (cf "Dès lors "ou Sonnet du trou du cul) ...

... voire de Hervé André (sans oublier Miossec et Bertrand Betsch mais ça on l’a déjà dit a propos des précédents). Le double chant fait des merveilles sur certains morceaux comme "Aux Carpattes" ....

...  ou Vladimir , ...

..... les ambiances sont très variées … chansons minimalistes et même une chanson de feux de camp ("la chanson du forban") ...

... côtoie allégrement des titres planants aux arrangements très Jack the Ripper ou déluges sonores (rien ne vaut un morceau énervé d’un groupe calme – Available de the National, Creep de Radiohead, Sur des Arbres de Silvain Vanot, … ). Un disque sorti discrètement en 2009 mais qui aurait largement mérité un plus gros coup de projecteur ! Saluons à ce propos le courage du label T-rec (on en reparlera) porté par des passionnés (aux gouts hétéroclites ) qui ne semble motivés que par leur amour de la musique.
2009 (http://www.myspace.com/tueloup - T-rec - Anticraft)

Titres du "Goût du bonbon"
Le Camping
Mon Vin de garde
Je ne suis queue
Aux Carpates
Dès lors
La Chanson du forban
Le Repos du cheval noir
Sonnet du trou du cul
Vladimir
Courte-pelle
Il ne pleut plus
 

Après 7 albums, Tue-Loup continue de sonner aussi singulièrement que le nom qui le désigne depuis 1996.
Tue-Loup sonne aussi singulièrement que le nom qui le désigne depuis 1996 autour de Xavier Plumas (chant, guitares, harmonica), Thierry Plouze (guitare électrique) et initialement Romain Allanot (batterie), Stéphane Gosnet (basse).
 Après s’être enrichie un temps par le pianiste Christian d’Asfeld, l’actuelle formation se stabilise aujourd’hui avec le bassiste Eric Doboka et le batteur Thomas Fiancette.
 Ce qui définit Tue-Loup, en premier lieu, c’est son authenticité : ici, les mots comme la musique procèdent d’une expérience de vie et creusent une résonance dans le cœur et l’esprit de l’auditeur. La subtilité harmonique, mélodique accentue la portée émotionnelle des textes. Le ton poétique rend les mots énigmatiques, curieusement familiers, nous rendant tangibles la difficulté d’être, le vertige devant la vie, sans pour autant nous y enfermer.
 Car dans le même temps survient la nécessité de vivre et la recherche de ce qui peut sauver : peut-être la musique, les mots, l’amour… « Aimer » est bien le « verbe fort », dans toute son ambivalence. Si l’amour est ce qui sauve, c’est aussi l’élément de la perte ; ce qui éclaire et réchauffe est susceptible de brûler et de consumer.
Les couleurs que recèlent l’imaginaire de Tue – Loup offrent des reflets changeants : les bleus peuvent virer au noir, puis du noir éclore des roses au parfum écarlate. Que la beauté incandescente de notre vie nous perce, nous blesse, c’est peut-être là un des meilleurs moyens pour « laisser un passage à l’ange » semble nous insinuer l’ensemble de ces chansons et de cette musique.
Les disques de Tue Loup contiennent une pesanteur, de celle que nous éprouvons lorsque nous sommes tout proches de l’Ange qui habite certaines grandes œuvres,  et  nous aident, par là même, à nous sentir plus léger. Tels les traces d’un engagement grinçant et voluptueux, ils nous convoquent à apprivoiser les dissonances qui nous hantent, à aimer « La Belle Inutile » (notre vie).
Sept albums jalonnent le parcours de Tue-Loup : La Bancale (1998), La belle Inutile (1999), Penya (2002), Tout Nu (2004) qui reprend quelques morceaux du groupe en version acoustique, Rachel au rocher (2005) et Le Lac de Fish (2007).


Tue-Loup : 9 (critique pop news)
 
C'est avec un oeil neuf que j'ai abordé ce disque de Tue-Loup, dont c'est le neuvième long format. Il y a toujours cette appréhension de ne pas trouver ses marques dans un univers qui a existé bien avant ces neuf (encore) titres. Puis j'ai sauté, j'ai pris mon courage à deux mains.
Et aussitôt, comme à chaque fois depuis, la voix de Xavier Plumas me capture, pendant que le froid s'infiltre dès les premières notes de l'entrée en matière "Le Couchant", malgré les arrangements qui dénotent une chaleur, une tension qui me parcourent, via ces guitares électrisées et électrisantes, ces ambiances qui sentent la terre, la forêt et les paysages balayés par le vent ("Les Grandes Marées") ...


... Il faut suivre, suivre dans leurs déambulations Plumas et Thierry Plouze à la guitare, eux qui n'hésitent à pas à quitter le sentier balisé pour aller y pécher quelques notes de jazz ("Mark-Mark" avec sa fausse chaleur, ses notes de piano qui précèdent l'embrasement éphémère avant que le froid ne revienne), quelques rythmes remuants discrètement distillés ("Les Abysses") ou les riffs fougueux de "En partance". Mais tout n'est pas que rudesse, même si l'on sent que le groupe sarthois aime le goût de la bataille, des climats orageux ("Jouvence"), des histoires sombres ("Marinette"), mais sans jamais l'imposer de façon frontale et brutale. L'apaisement guette d'ailleurs au détour d'une embardée, qui fait dévier joliment le disque, sans l'affecter. Cet apaisement réconforte, à l'instar de la poésie qui émane du magnifique "Les Chevauchées", où la dimension intime permet le rassemblement autour d'une orchestration plus chaleureuse. Le loup ne hurle plus et il n'est plus question de froid. Tue-Loup a touché au plus juste, a su doser la chaleur et l'ardeur pour m'emmener dans son univers. J'y ai pris goût, à ce disque "9", neuf comme une première rencontre qui en appelle d'autres, quitte à prendre la discographie à rebours : en attendant, je savoure encore "9" pour ce qu'il est, un album racé et à la personnalité affirmée.
 
Titres de 9 :
Le couchant
Les grandes marées
Jouvence
Margot
Mark-Mark
Marinette
Les abysses
En partance
Les chevauchées


Tue-Loup : 9 (critique Xsilence.net)

Comme il n'y a rien de neuf du côté rock et francophonie, rien de palpitant et d'intéressant pour tout se dire, de visu alors interpelle le neuvième album de Tue-Loup intitulé 9, aussi simplement que 7 et 2 le font!
 
Tue-Loup? Oui! Vaguement entendu monsieur, très peu écouté! Mieux vaut tard que jamais de découvrir ce groupe baladant son nom champêtre dans ses sentiers ici fiévreux et mélancoliques! Première chose qui marque, c'est la voix particulière de Xavier Plumas. Elle traine du timbre entre du Daniel Darc et du Denis Bortek avec des gravités passagères propres à Gérard Manset. Bertrand Cantat vient aussi à l'esprit avec "Margot", quand le chant s'élève et s'écorche dans ce qui est une reprise plus longue et torturée d'une chanson de Malicorne datant des années 70, titre qui marque en première écoute après un "Jouvence" admiratif et attisant. Voilà deux bons moments qui émergent en premier lieu d'un disque qui se peut être triste comme la pluie mais chargé comme un orage d'été prêt à claquer dans l'oreille du profane.
 
Le profane ignore ce que vaut ce 9 aux autres productions mais cette livraison devrait néanmoins ravir des gros déçus des dernières années discographiques des sarthois. Parmi les étendues paraissant ici uniformes quand on ne veut pas regarder plus profondément ou les chemins apparemment monotones quand on ne veut pas voir l'ombre des nuages disputer les territoires à la lumière du soleil sur des panoramas inspirés, la musique et les mots prennent des ambivalences entre lumière et noirceur, de même à la venue du bien poétique "Le Couchant" qui décrit un crépuscule avec langueur, synchronisé avec les derniers feux rougeoyants finalement avalés par l'obscurité.
 
9 expose des chansons taillées dans du rock ardent prenant son temps, avec des parfums sentant l'ironie ou la vie autant que la mort ("Les Grandes Marées" qui se révèle superbe, "Margot", "Marinette") sans négliger toutefois des traversées plus tranquilles à l'instar de "Les Chevauchées" avec piano et flûtes ou de l'instrumental "Mark-Mark" variant ses reliefs en combinant jazz, blues, un sursaut rock rageur et du jumelage avec Calexico quelquefois flagrant.


Site de Tue-Loup



































 
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