PREMIERE PRESTATION « PUBLIQUE »
Un mercredi soir à l’atelier chansons de Gorki animé par Annie et Didier Dégremont.
C’est en soirée.
 Il y a une quinzaine d’apprentis chanteurs. Ils écrivent leurs textes ; les mettent en musique. Sommairement ou pauvrement. L’accompagnement se fait à la guitare et aux doigts qui se tordent pour enchainer des accords pas toujours en accord avec la mélodie.
La voix n’est pas toujours présente … et ne le sera toujours pas les fois suivantes.
L’audition terminée, la critique est là. C’est une atmosphère « bon enfant ». Je n’y ai jamais senti d’inimitiés, de jalousies. Annie était toujours dans la bienveillance : l’encouragement… Didier, plus technique et bon guitariste n’était sûrement pas toujours compris des apprentis.
Je commençais à me demander ce que je faisais là tant le niveau musical était faible !
Notre tour arriva.
Marie la Rouge a amené autre chose. Allain fut très bon dans le rendu. On n’était pas toujours ensemble, mais il n’y eut pas de désunion entre nous. De toute façon, mon rôle était de l’accompagner ! A moi de me débrouiller.
Je pense pouvoir dire que tous, ce soir-là, ont pris une claque.
Allain venait de terminer ses visites à l’atelier chansons du théâtre Gorki.
Il fallait s’engager dans un répertoire.  Allain savait que je ne resterais pas si « c’était juste pour voir ».
 
 
LES LIMITES
Allain avait des textes plus ou moins anciens. Des musiques : je parle des mélodies car les accords dessous étaient peu variés. Il avait des amis qui avaient fonctionné déjà avec lui. Je pense à Etienne Goupil : musicien intéressant mais peut-être manquant musicalement d’autorité. Ces gens-là, je ne les connaissais pas. Milieu musical où on refait plus le monde autour d’un verre que de s’y mettre vraiment.
Mon intérêt rejoignait Allain : se produire. A l’époque j’avais déjà plusieurs centaines de prestations derrière moi. Depuis… le nombre s’est bien accru.
Retravailler des « vieilles » chansons avait un intérêt : celui de nous connaitre. De mon côté de doser le rapport avec Lui. Le côté assez puissant du saxophone. Pour cela j’ai vite délaissé le bec jazz pour revenir au bec classique.
Rapidement nous avons craint la répétitivité. Notre formule tenait bien la route. Mais faire de la même sorte une dizaine de chansons allait fatiguer le spectateur. On a commencé à jouer un peu autour de Gorki. Public en fait acquis de connaissances d’Allain venant voir le « renouveau ». Donc des commentaires flatteurs mais aucunement pertinents.

 
Ton avenir est le mien
Allain Leprest et Stéphane Rio


Il fallait porter autre chose. Allain très vite a lâché la guitare et ce fut une très bonne chose.
Je pense que le texte sur Brel qu’il m’avait fait parvenir (celui qu’on trouve reproduit en partie dans le livre de Marc) a été un déclencheur. Allain psalmodiait quasiment et seul le saxophone faisait la musique, sa main se contentant de taper la caisse de la guitare…
Il fallait donc ajouter un autre élément sonore. Dans mon métier de professeur, je sais accompagner avec un piano… Mais à cette époque, il n’y avait pas les claviers transportables comme maintenant.
Et franchement, on n’y a pas vraiment songé : juste évoqué comme cela sans vraiment y penser.
Alors Fabrice et Manu sont arrivés. La greffe fut immédiate.
 
FABRICE ET MANUEL
Je connaissais Fabrice depuis assez longtemps. Mais perte de vue et retrouvailles.
Fabrice avait été élève au Conservatoire de Rouen en Clarinette : élève honorable et condisciple de mon frère Philippe, excellent clarinettiste et ce n’est pas fraternel. Tous les deux s’entendaient bien. Fabrice savait qu’il fallait être très bon : le professeur Jacques Lancelot étant considéré comme un des meilleurs clarinettistes mondiaux. Dans sa classe, il y avait des étrangers : en particulier des Japonais.
Qu’importe ! Cela voulait dire que Fabrice avait aussi une culture classique. On allait pouvoir se parler, se comprendre et  pourquoi  pas imposer une discipline à Allain.
Quant à Manu, je vais être bref : je ne le connaissais pas du tout. Sa passion était la photographie. J’aimerai un peu plus tard beaucoup son travail.
L’entente entre nous a été immédiate et parfaite… même si quelque fois comme l’a dit justement Fabrice  avec le sourire de la nostalgie, régnait aussi une certaine indiscipline !
Un répertoire a été très vite constitué permettant de « tenir » une bonne heure.
Il y avait donc la voix d’Allain dégagée de cette guitare qui le gênait. Les 2 guitares qui se complétaient fort bien et moi amenant les contre-chants, les improvisations. Et surtout j’étais libéré au niveau de la nuance parce que…
FABRICE AVAIT UNE SONO !!!
Donc, on répétait  -toujours dans le foyer de Gorki- dans les conditions assez proches de la prestation.
En plus, il faut savoir aussi respirer et faire respirer l’auditeur. Certaines chansons n’avaient absolument pas besoin de la présence de mon instrument. Quand on établissait le conducteur -souvent Allain le préparait et le proposait- l’équilibre entre les chansons : leur sujet et leur musique étaient bien respectés.
Et Allain amenait presque un nouveau ou un ancien texte chaque semaine. Il avait remis son moteur en route.  
Désormais, un autre temps était venu. Il faudrait « orchestrer », « arranger » tout cela sur une nouvelle ou ancienne mélodie.
C’était faisable. En plus, je le répète : il n’y a jamais eu la moindre incompatibilité d’humeur entre nous.

 
Chant : Allain Leprest
Saxes : Stéphane Rio
Guitare mélodique :  Manuel Gipouloux
Guitare harmonique et rythmique : Fabrice Plaquevent (Julien Heurtebise)
(sauf exeptions)

En 1980
Répétition
à Petit-Quevilly (76)
(Normandie)
Merci à Julien Heurtebise de nous partager ces enregistrements

 
LES REPETITIONS
J’ai devant moi, un conducteur pour un spectacle.
22 chansons ! C’est forcément du travail !!!
Il faut finaliser, répéter et rôder… puis passer à une autre.
Souvent quand le lundi – en fait c’était lié à mon emploi du temps au collège- on répétait, désormais Allain avait déjà préparé avec Manu ou Fabrice. Ils pouvaient se rencontrer à d’autres moments.
Une grille d’accords avait été réalisée. Je la « lisais ». Manu et Fabrice l’imposaient à Allain qui ne devait plus en dévier. On décidait de mes interventions et « y a plus qu’à ». Tous les 3 nous fédérions l’ensemble, laissant bien entendu à Allain sa vision. Très rapidement il a su se placer en rythmes. En tout cas pour ne pas nuire à la cohésion du groupe. La justesse de la voix n’était pas toujours formidable.
Allain nous faisait confiance. Il n’était pas du tout « pénible ». Ce n’était pas toujours lui qui imposait le résultat musical mais son expression restait. Fabrice était très discipliné … mais ayant fréquenté Allain auparavant, il connaissait ses faiblesses. A nous d’en profiter et de s’en servir plutôt que de répéter à tout prix un passage peu satisfaisant techniquement.
Certaines chansons ont été entièrement faites « sur le tas » à quatre. Cela allait très vite. Je n’ai pas un exemple précis. La chanson sur son Papa a été refaite entièrement comme cela : le texte ré-écrit à la va-vite au gros feutre au dos d’une affiche !!!
Par contre d’autres qui paraissaient déjà prêtes ont du être également refaites. Je pense en particulier à la complainte pour P’tit Louis qui finalement s’est terminée avec ma mélodie, en tout cas à cette époque… mes élèves la chanteraient, plus tard en classe.
Rouen : très belle musique d’Etienne a du être entièrement refaite. Cela n’allait plus avec la tessiture du saxophone … instrument transpositeur. Finalement, le saxophone a été abandonné à mon initiative. Il abimait le travail d’Etienne.
Un peu la même chose pour Martainville où je doublais Allain pour le refrain. J’avais la possibilité d’aller et venir de l’Alto au Soprano mais le timbre est très différent. Je faisais « gueuler » le soprano pour Le père la Pouille ; cela aurait été inenvisageable avec l’alto …qui lui allait souvent mieux avec la voix d’Allain !
Allain aimait beaucoup mon intervention dans Les roses noires… Je n’aimais pas du tout ce que je faisais ! Et je l’appréhendais à chaque fois !
20 ans me permettait  la grande emphase.
Il y avait le bonheur d’être là.
Commençaient de temps en temps à venir assister à des répétitions des gens …
Il fallait aussi qu’Allain soit soutenu et bénéficie d’une publicité, du soutien de la presse locale.
 
ROGER BALAVOINE
Roger était le journaliste de Paris-Normandie. Rubrique culture. Ardent défenseur de tout ce qui était culturel à Rouen et autour. Homme droit et foncièrement honnête. Je le connaissais depuis assez longtemps car il venait -lui ou son collègue de la rubrique culturelle- assister aux concours de fin d’année du conservatoire pour les élèves se présentant  à l’obtention du 1er prix… J’avais eu affaire et à faire avec lui. On souhaitait qu’il nous entende une seule fois : signe de réussite au concours. J’avais donc rencontré  Roger… une seule fois au moment de mon concours !
Roger aimait beaucoup le travail, le contenu des textes d’Allain. Il fut immédiatement conquis par notre travail. Nous l’avons rencontré plusieurs fois. Plusieurs articles furent réalisés. Dans le foyer de Gorki.
Et je dois dire quelque chose de rare dans ce milieu. Ici à Rouen, Allain n’a  jamais tiré la couverture à Lui. A chaque fois nous étions présents tous les 4. Les légendes des photos ont souvent été inversées à la parution. Ce n’était pas le fait de Roger qui nous connaissait très bien.
Contrairement à ce que certains ont prétendu, Roger était avec nous très indépendant  et très critique. Il écrivait réellement son ressenti. Certes cela nous donnait une forme de publicité mais ce n’était pas quelqu’un qui venait pour nous faire de la publicité. Pour cela, affiche et plaquette avaient été réalisées. Son travail a toujours été celui d’un journaliste.
A d’autres occasions -rares- je n’ai pas toujours été d’accord avec ses écrits mais jamais son honnêteté ne pouvait être prise en défaut.
Roger est mort il y a quelques années. Quand une soirée a été organisée quelque temps après son décès à la Chapelle Saint-Louis à Rouen pour l’honorer, j’ai été invité à jouer un peu. J’ai sorti le saxophone ténor et joué Rouen … La chanson d’Allain… et de nous 4 avec la  belle mélodie d’Etienne.
Comme Jean et Daniel, Roger fut un grand soutien.

LES SPECTACLES
Je ne vais pas les détailler. Je vais en évoquer quelques-uns.
Bien sûr ! Le premier.
Tous les 4 dans le foyer de Gorki devenu vite trop petit. Une prestation honorable, convaincante mais acoustique pas facile.
Il y eut celui de la salle Jean Prévost. C’est à St-Etienne du Rouvray.
Marc Legras, et d’autres m’en ont beaucoup parlé !!! Je ne m’en souviens pas du tout !!!En 1981
Concert à Saint Etienne du Rouvray
Chant : Allain Leprest
Saxes : Stéphane Rio
Guitare mélodique :  Manuel Gipouloux
Guitare harmonique et rythmique : Fabrice Plaquevent (Julien Heurtebise)


La grande salle à Gorki. Spectacle triple. Nous. Puis Annie et Didier. Et pour finir Christian Ferrari qui venait de faire le printemps de Bourges ; je ne le connaissais pas du tout. Et son style n’était pas le mien.
On avait conçu un répertoire de « nos » chansons les plus connues. On a commencé noir complet avec la chanson Loulou. Et là, tout s’est enchainé très bien. Franchement on a été très bon. On avait beaucoup travaillé sur le filage en répétitions.
La salle était pleine.
A Canteleu, nous passions en première partie d’un chanteur : Jacques Bertin. Il ne voyait pas d’un bon œil notre passage. Il n’a pas été très agréable…nous ignorant…
La salle devenait un peu petite pour nous. Je parle juste du rendu public. Dans ce genre de salle, il y a des gens qui sont à 2 mètres de vous. Alors la personne qui se trouve en face du pavillon du saxophone… Je ne me suis jamais écouté en mettant mes oreilles dans le pavillon ! Je suppose qu’au bout d’un moment cela doit fatiguer !
Romilly sur Andelle : petite commune de l’Eure. Salle polyvalente comme on commençait à le dire ! Tour de chant normal… Dernière chanson ! Bis !!! Le public qui ne part pas et nous oblige à remonter une partie de la sono !!! Ne jouant pas tout le temps, comme je l’ai expliqué, je voyais des gens pleurer sur certaines chansons. Allain était en train de faire passer tout son talent. C’était très impressionnant.
Les gens qui à la fin viennent nous voir : heureux, sincères… alors que de notre côté la fatigue nerveuse et physique est là nous disant : »vous avez vu Allain son expression etc, etc !!! »
NON !!! Je travaillais. Allain je ne l’ai jamais vu de face !!! Seulement de dos et plutôt son dos côté droit !!!
Dans la continuité il y eut Bourges
 
BOURGES !!! LE PRINTEMPS 1981
On ne s’y attendait pas. Personnellement je n’avais qu’une vague idée de ce festival. J’ai failli taper « de ce truc-là » !!!
J’avais acheté une 4L fourgonnette depuis quelque temps: celle avec les vitres et le toit surélevé. C’était impossible d’acheter ce véhicule en commun. Limite petite bétaillère pour les moutons. On pouvait y mettre la sono de Fabrice …
Cette sono était un peu le 5ème Homme car elle pouvait être capricieuse.
On l’a emmenée à Bourges. J’ai fait le voyage avec Fabrice. Je ne me souviens plus comment Manu et Allain y étaient allés… et comment ils sont rentrés… Allain savait parler franchement à une bouteille !!! Il décapsulait les bouteilles de bière avec les dents à une vitesse !!! Il n’y avait pas de ralenti ou de replay pour revisualiser la maitrise du geste !!!
Un peu la foire là-bas. J’avais juste l’Alto. On a eu du mal à trouver l’endroit où on devait passer vers 16 Heures. On avait droit à 2 chansons. Je ne sais plus ce qu’Allain avait choisi.
La salle était comble. On a attendu notre tour… Ce fut un peu long pour Allain qui a disparu se faire une petite sieste et est revenu avec de la paille sur les vêtements !!! 
On a joué. Pas besoin de notre sono.
Celle qui était là était forcément très bonne.
Le planning a pris du retard. Les spectateurs ont fait un triomphe à Allain et à nous aussi. Allain nous a toujours présentés au public…
«  Et Stéphane Rio ! Au saxophone à bouche ! »
On avait passé beaucoup plus de temps que prévu sur cette scène.
Cela a du être dur pour le chanteur nous suivant.
Allain a été mentionné dans des journaux nationaux. On ne pouvait pas encore parler d’articles. Si je me souviens bien, il y eut Libération et Le Monde. Je suis très sérieux.
GRANDE JOURNEE !!!
Donc pour les « Parisiens » que j’évoquais en préambule, la première présence d’Allain à Bourges n’est pas 1985… Ses musiciens étaient rouennais et ne leur en déplaise : Fabrice avait été très bon ! Manu avait été très bon ! Et moi aussi ! Et le public nous avait bien aidés pour ça !
C’est ce jour-là que j’ai rencontré Marc Bonel, accordéoniste de Piaf… inoubliable ça aussi… mais un autre chapitre…
 
LA TELE
Pas grand-chose à dire sinon rétablir une vérité. Allain ne fait pas sa première télévision avec Pascal Sevran en 1985.
Il passe sur France 3 Normandie. 1982/83 ? Je ne sais plus. Est questionné par un journaliste : Dominique ? Voegelé je crois. Il chante une chanson : je ne sais plus laquelle. Je suis présent et assis pour jouer ! Avec mon saxophone alto. Allain a des lunettes de soleil cachant son regard… léger souvenir d’une rencontre dans un bar !!!
 Il n’avait pas heurté la porte !
Le document est répertorié à l’INA. Je crois que Marc Legras l’a retrouvé.
Je n’ai jamais pu y accéder par internet… si quelqu’un me le retrouve…
 









 
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